Les  » Freemen on the land »

Les  » Freemen on the land »

Pour avoir fréquenté les gens de ce mouvement vers le début des années deux mille, je peux vous affirmer qu’ils vont malheureusement tout droit dans un mur.

D’abord, précisons ce qu’est un « Freemen on the land ».  il s’agit d’un être humain refusant le statut de personnalité juridique qui nous est attribué par l’État, le jour de notre naissance et qui s’autoproclame souverain en droit. Ces personnes refusent de payer leurs impôts et ne reconnaissent pas l’autorité du gouvernement en place. Ils s’opposent au contrat social conclu entre l’État et ses loyaux sujets.

Certes, pour la majorité de ces gens, la recherche de la vérité, la colère et le sentiment d’injustice sont principalement les valeurs qui les animent et qui les poussent à joindre  ce genre de mouvement. Les gouvernements adoptent des lois qu’ils ne respectent pas eux-mêmes. La corruption, la collusion et le trafic d’influence, les petites enveloppes brunes et j’en passe, sont des raisons pour lesquelles nous sommes en droit de poser des questions.  Malheureusement, les citoyens restent sans réponse vis-à-vis cette réalité.  Bref, le silence des autorités face à leur questionnement et l’acharnement arbitraire de l’État motivent principalement le simple contribuable à adhérer à ce genre de mouvement.

Jusque-là, pour ma part, si quelqu’un désire se soustraire aux règles de notre société sans toutefois bénéficier de ses privilèges, il devrait être en droit de le faire à la condition qu’il ait remboursé toutes ses dettes envers la société avant de lui dire au revoir et de partir vivre dans les bois. Mais qu’arrive-t-il si un individu décide en cours de route, de rompre son  contrat avec l’État ?

Je pense entre autres aux Amishs en Pennsylvanie, ou à d’autres communautés comme les Aborigènes ou certains Inuits qui choisissent un mode de vie hors société depuis leur naissance et qui n’ont jamais adhéré à notre concept de société. Vouloir imposer notre mode de vie et nos croyances aux autres est à mon avis un profond manque de maturité humaine et constitue une immixtion étatique. J’ose croire que la période d’évangélisation et d’inquisition de l’église est terminée depuis longtemps.

Mais l’autorité en place n’aime pas se faire dicter les bonnes manières  ou même se voir remettre en question. Donc pour protéger l’intérêt des payeurs de taxes et dans un souci d’équité pour tous, les fonds publics seront sagement dépensés pour lutter contre ces gens récalcitrants et délinquants afin que leur crime soit sévèrement puni. Quoiqu’encore une fois, les autorités s’acharneront sur les plus vulnérables de notre société en les chassant comme des bêtes.  Ils attaqueront sauvagement  certains d’entre eux et s’en serviront comme exemple pour dissuader les autres qui tenteront de poser trop de questions ou de remettre en cause  le système établi.

Ici au Canada, la triste réalité est que nous n’avons pas le droit de poser des questions. Nous sommes  vite étiquetés comme trouble-fête, voire même terroriste domestique. Demandez aux journalistes,  ils vous le diront.

Quand nous nous attardons à l’histoire de notre beau pays, on se rend vite bien compte que nos grands-parents avaient raison. En 1930, ils disaient « Méfiez-vous des banques et ne laissez pas les avocats prendre le contrôle  de notre gouvernement ! »

Notre histoire démontre bien que nous avons passé de cultivateur à l’ère industrielle pour devenir aujourd’hui une méga corporation bureaucrate-avocatisée et dépourvue à tout le moins d’humanité.

En 2000-2001, j’étais de ceux qui croyaient en la théorie du complot. Motivé par la colère et un profond sentiment d’injustice à l’égard du peuple, j’ai adhéré à ce concept jusqu’au jour où on m’a parlé du triangle de « Karpman ». C’est précisément à ce moment que je suis sorti de ce triangle qui allait faire de moi une autre victime. J’ai compris que la structure de notre société juridique repose sur ce triangle infernal qui ne rapporte de bénéfices qu’à celui occupant la pointe supérieure du triangle.

Aujourd’hui dans la mesure du possible, j’aide les gens à y voir plus clair face à ces mouvements et je les accompagne pour les aider à s’en sortir sans trop se faire déplumer. Ce que je leur dis  c’est que le concept de « Freemen on the land » est basé sur certaines notions de droit tout à fait véridiques. Cependant l’interprétation peut être vue sur plusieurs angles en tenant compte du contexte historique.

Ce qui me met hors de mes gonds, ce n’est pas l’attitude du gouvernement ou des autorités en place, mais le fait de  certains individus à la tête de ces mouvements de « Freemen on the land » qui se prétendent des experts ou des gourous et qui trompent les gens. Ils vous vendent un « kit » clé en main pour récupérer supposément vos droits et en bout de compte vous serez dépossédé, dénudé et acculé à la faillite forcée par l’État. Ces supposés experts vous chargeront des frais allant jusqu’à 15 000.00 $ pour payer vos dettes, vos maisons et vos impôts au moyen d’un procédé farfelu qui ne tient pas la route.

L’État est une machine de procédures arbitraires qu’une fois le bras dans le « moulin à viande » , elle vous aspire dans un tourbillon d’événements où vous risquez de perdre toutes vos plumes. Mais avant l’État et son moulin, il y a ce supposé expert, ce responsable qui vous a conduit à l’abattoir.

J’ai accompagné plusieurs personnes en les aidant  à se sortir des griffes de tels gourous qui se sont servis d’eux comme cobaye et les ont gentiment conduits à l’abattoir en ayant bien pris soin de les dépouiller financièrement. D’ailleurs, l’un de ces gourou a été condamné à l’emprisonnement au cours de l’été 2012 et fait l’objet d’une enquête criminelle par l’Agence du revenu du Canada.

D’autres groupuscules du même genre se sont formés dans le coin de Rougemont, Drummondville, Laval et Boucherville. Dans ces stratagèmes, ils ont fait croire aux gens qu’ils pouvaient se faire rembourser toutes leurs dépenses personnelles en complétant un rapport d’impôt amendé auprès du gouvernement canadien et même dans certains cas, du gouvernement américain. Dans tous les cas, ils ont exigé des frais de dossiers allant de 3000$ à 6000$ pour récupérer vos supposés droits ainsi que des sommes dues.

Certains ont même reçu des chèques de remboursement d’impôt et font aujourd’hui l’objet d’accusation de fabrication de faux et de fraude.

Un de mes amis a assisté à l’une de ces rencontres en 2011, où il y avait plus de 250 personnes présentes.

À la base, ces gens ont cru aux promesses de ces gourous qui brandissaient des chèques du gouvernement devant des salles remplies,  en disant « Regardez ça marche, ce que l’on vous dit ! »

En vérité, ces gourous ont simplement profité d’une « faille » dans le système de traitement des rapports d’impôt qui habituellement repose sur la bonne foi des contribuables.

Mais la pensée magique et l’incrédulité du bon québécois écœuré de se faire  avoir  par notre bon gouvernement le conduisent sans qu’il ne le sache dans un tunnel où rendu au bout, ce n’est pas la lumière éclatante de la vérité qui l’éclaire  mais celle des ténèbres.

Fait étonnant, la majorité des articles de journaux traitant de ce  sujet affichera une photo d’un homme armé et rappellera les faits troublants entourant les attentats d’Oklahoma City et de Timothy McVeigh. Ainsi, ces articles répertorient  les poseurs de questions, les « Freemen on the land », les conspirationnistes et les terroristes sous le même chapeau.

Source: Sylvain Paquette

Comments

commentaires