• Le sou noir aux oubliettes

    par  • 4 février 2013 • Nouvelles • 0 Commentaires

    (Québec) Le sou noir amorce lundi matin son lent déclin. Tous les commerçants ont  désormais le droit d’arrondir leurs prix comme bon leur semble, voire  refuser les sous noirs des consommateurs.

    La vénérable pièce d’un cent doit disparaître, souhaite le gouvernement canadien. Conséquence: la Monnaie royale canadienne arrête dès aujourd’hui de livrer des sous noirs aux institutions financières. Elle coupe ainsi la première source de ravitaillement des commerçants.

    Comment cela affectera votre quotidien? Tout dépend des commerces. Le gouvernement donne en effet carte blanche aux commerces et compte sur eux pour être «équitable» et «transparent». Il leur donne cependant de nouveaux droits légaux.

    Vous planifiez acheter lundi matin un café avec les sous traînant dans votre manteau d’hiver? Pour une boisson chaude valant 1,22$, votre brûlerie préférée peut désormais exiger 1,20$. Mais elle peut tout autant demander – en toute légalité – 1,25$.

    Vous pensez payer ce café avec un 1$, deux 10 sous et une poignée de sous noirs? Le torréfacteur a toute la latitude de prendre vos sous noirs… ou de reprendre son café et vous demander d’aller chercher de la «vraie» monnaie. À lui de décider. Pour la première fois depuis 1858, le sou noir peut être rejeté légalement comme monnaie.

    Dans les faits, des commerçants de Québec sondés par Le Soleil ne chercheront pas à mettre à mort le sou noir dans les prochains jours. La majorité d’entre eux accepteront toujours les pièces d’un cent – pour une période transitoire.

    «Nous n’avons pas encore reçu de directive officielle sur la manière d’arrondir, mais c’est certain que nous allons continuer d’accepter les sous noirs», indique-t-on à la Brûlerie Rousseau de Sainte-Foy. «On les accepte encore», confirme-t-on au café Nektar dans Saint-Roch. «Nous allons arrondir à la baisse ou à la hausse, au cinq sous le plus près.»

    À la Brûlerie de café de Québec, on n’était pas au courant de la disparition souhaitée du sou noir. La petite monnaie sera donc la bienvenue jusqu’à nouvel ordre.

    Au dépanneur Accommodation du roi, on soutient que tous les montants seront désormais arrondis au cinq sous le plus près. «Si quelqu’un veut payer avec des sous noirs, on va les accepter, du moins pour un bout de temps encore.»

    L’Épicerie du coin de Limoilou compte elle aussi donner une période de grâce aux clients. «On n’aura pas le choix de les accepter. Beaucoup de nos clients paient avec leur petite monnaie. C’est embêtant pour nous, c’est très difficile pour les petits commerces de voir le sou noir disparaître. Mais on va tout faire pour continuer à donner la monnaie exacte», indique la préposée.

    De moins en moins…

    Le nombre de sous noirs en circulation sera toutefois en baisse constante. Tôt ou tard, les commerçants ne seront plus en mesure de rendre la monnaie exacte et devront se convertir à la pratique de l’arrondissement.

    À noter que l’éviction prévue du sou noir de l’économie canadienne touche uniquement les transactions payées comptant. Bref, un café valant 1,22$ sera toujours facturé 1,22$ si vous payez par carte de débit ou crédit.

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    Les entreprises complices

    La majorité des entreprises du commerce de détail au pays sont prêtes à dire adieu au sou noir et arrondiront dès lundi les prix facturés.

    «Plus de 60 % de nos membres vont appliquer les lignes directrices du gouvernement fédéral, soit arrondir vers le haut ou vers le bas, au cinq sous le plus près», indique au Soleil la vice-présidente au Québec du Conseil canadien du commerce de détail, Nathalie St-Pierre.

    Les entreprises ont aussi le loisir de toujours arrondir vers le bas et ainsi faire un cadeau de quelques sous à leurs clients. Home Depot a déjà indiqué que tous les clients payant comptant auront droit dès lundi matin à ce rabais instantané et perpétuel atteignant… jusqu’à quatre sous par achat.

    Toutefois, seulement une entreprise sur cinq a indiqué au Conseil qu’elle opterait pour un tel parti pris envers le client.

    Au final, qui perd et qui gagne à ce jeu? Le gouvernement fédéral sort grand vainqueur de l’opération, lui qui compte économiser 11 millions$ par année en cessant la production de sous noirs.

    Et le consommateur? «Les études dans les pays ayant déjà fait ces changements démontrent qu’en bout de piste, ça s’équivaut» avance Nathalie St-Pierre. «Avec les taxes qu’on ajoute, ça revient neutre.» Tantôt vous paierez plus, tantôt vous paierez moins. Mais votre budget annuel ne risque pas d’en souffrir.

    À savoir

    L’arrondissement sera-t-il à la hausse ou à la baisse?

    Aucune loi en ce sens, seulement des suggestions. Le commerçant a carte blanche.

    Peut-on refuser mes sous noirs dans un commerce?

    Oui, mais les institutions financières sont tenues de les accepter.

    Combien de temps ai-je pour déposer mes rouleaux?

    Aucune échéance. Le sou noir vaut encore un cent, et ce, indéfiniment

    Source:Samuel Auger, Le Soleil, Publié le 03 février 2013 à 21h45 | Mis à jour le 03 février 2013 à 21h45

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